Julien Crépieux

Né en 1979 à Saint-Lô (France)

 

Sans Titre (Travelling Kid), 2011, vidéo HD, couleur, muet, durée : 6min, 5sec

 

Devons - nous aller plus vite ou plus lentement face aux images, nous y arrêter, ou les traverser. Les contempler, les consommer ou bien les laisser nous éblouir. Que ce soit sous la forme de films, d’installations, de sculptures ou de dessins, le travail de Julien Crépieux semble embrasser ces différentes options, par une exploration des images fixes et en mouvement, de leur construction à leur réception. Puisant entre autres ses inspirations dans le cinéma narratif aussi bien que dans les films expérimentaux de James Benning ou Michael Snow par exemple, il semble s’imposer pour chaque nouvelle œuvre, une structure et un protocole proches parfois de la rigueur du cinéma structurel sans s’encombrer toutefois de ses contraintes.

La place et l’apparition du sujet dans l’espace - temps du cadre sont ainsi caractéristiques de son travail, par une étude du corps, de son inscription à son déplacement dans un plan jusqu’à sa disparition. Sans titre ( Travelling Kid ) est aussi un plan séquence dans un paysage. Plein jour, travelling sur une forêt, un enfant surgit dans le champ de la caméra. Filmé en pied, l’enfant regarde la caméra avec l’intention de ne plus la quitter, même lorsque celle - ci essaie de lui échapper en tentant de le devancer. Mais l’enfant la suit, lui court après pour ne jamais sortir du champ. C’est là toute son action, dans ce jeu a priori défini mais dont les règles échappent. Qui de l’enfant ou de la caméra joue, qui tente de poursuivre l’autre dans cet instant où plus personne ne semble contrôler le cadre. Dérèglement appuyé par le trouble ressenti face aux gestes désynchronisés de l’enfant dans la fluidité du travelling.

Filmée avec une caméra à haute vitesse, cette séquence a subi diverses opérations au montage recomposant après coup un travelling régulier mais accidenté. Ce qui donne deux mouvements se contestant, celui de l’enregistrement de la caméra, horizontal et fluidifié, et celui du corps de l’enfant, vertical et saccadé par les ralentissements et les accélérations opérés. Cette œuvre nait ainsi de la tension engendrée par des temporalités et des mouvements contraires, où la question du cadre, des plans et de leur durée, du mouvement des images et du regard s’inscrit dans une rêverie sur les modes de fonctionnement de la perception individuelle.